Retisser la conversation : mobiliser les esprits et renouer le dialogue entre maliens à partir d’événements civiques et culturels                                       

Série de spectacles vivants, édition numérique, documents en réalité virtuelle, large diffusion d’éléments audiovisuels pédagogiques sur les réseaux sociaux suivie d’une tournée en direction du monde scolaire, le projet “Retisser la conversation”, porté par l’association Culture en partage qui se bat depuis une dizaine d’années dans la sphère culturelle malienne, se veut un moyen de convergence des esprits vers un objectif commun dans un dialogue constructif et profitable aux maliens.

Le projet s’articule autour de 3 évènements majeurs. Ces évènements, populaires et symboliques, sont au Mali ce que l’eau est à la vie. Ils touchent au sacré, à la tradition, aux richesses culturelles du Mali et à tous ce qui se rapporte à la sauvegarde de ses valeurs anciennes et nouvelles, valeurs de paix, de vivre ensemble et d’unité.

La première action, le Shɔ̀ ɲɛ́najɛ, en lien avec la cohésion sociale et la résolution des conflits, signifie la fête du haricot. Cette action met en avant un élément très important qui depuis toujours, a été un régulateur de conflit au sein de toutes les communautés que compte le Mali : Il s’agit de la sinankuya. Plus qu’une institution, cette pratique qui se traduit en français par le cousinage à plaisanterie, permet, grâce à sa puissance dont le secret reste enfoui dans le mystère, de faire régner la paix et la faire perdurer.

Le haricot parce qu’il est un symbole. Il représente l’aliment par excellence par lequel les plaisanteries vont bon train dans la société malienne. Dire à son cousin à plaisanterie qu’il est un mangeur de haricot est une phrase qui continue d’arracher des rires partout. Elle amuse tellement qu’elle fait du haricot un gage de cohésion sociale, un aliment rassembleur, distributeur de la bonne humeur. Pour la circonstance, l’initiateur Istra Sound, a choisi Kamalé, une localité située près de Siby et incontournable dans l’histoire du Mandé : « Shɔ̀ ɲɛ́najɛ s’impliquera notamment dans la mise en place de Jamupedia, encyclopédie participative des jamuw (noms de lignée) sur lesquels est fondée la sinankuya », expliquent les initiateurs. 

La deuxième action qui se tiendra à Macina, dans le centre du Mali (région de Ségou), s’intitule Macina gwa Kurun. Il s’articule autour de l’angle du projet relatif à la sécurité alimentaire et au vivre ensemble.

Depuis le début de l’instabilité que connaît le Mali, suite à l’occupation de certaines parties du pays à savoir le nord et le centre par des groupes armées terroristes, la famine a été l’une des conséquences qui jusqu’à ce jour, fait encore des effets. Macina, situé dans un espace stratégique du centre du Mali, est très propice à l’élevage, à la pêche et à l’agriculture. Cette zone réunit toutes les communautés. En collaboration avec les femmes, l’ONG ASPN met en œuvre dans cette zone plusieurs actions autour du maraîchage.

Le Gwa Kurun, désignant les trois pierres sur lesquelles chauffent les plats ainsi que la conjonction des produits de la terre, de l’élevage et de la pêche qui entrent dans la composition des repas s’appuie sur l’importance prise dans le cercle par les femmes du fait des nouveaux revenus provenant du maraîchage. « Un grand marché, des dégustations, des prestations artistiques célébreront les perspectives alimentaires et sociales portées par les produits et les savoir-faire du terroir » promettent les organisateurs.

La déforestation fait partie des problèmes majeurs auxquels le Mali est confronté aujourd’hui comme tous les autres pays de la sous-région. La coupure abusive des arbres par l’homme, les feux de brousse et beaucoup d’autres dérives de l’homme accroît le dérèglement climatique, occasionnant une rareté des pluies et faisant avancer le désert.  

C’est fort de ce constat, que la troisième activité du projet retisser la conversation Jiri ka hakɛ to (le pardon aux arbres), a été pensé autour de la préservation de l’environnement et de la transmission des valeurs. Le lieu symbolique choisi pour les activités est la localité de Tabou, lieu incontournable de la confrérie donso du Mandé. Une activité annuelle y sera proposée. « Elle sera inspirée d’un rite donso selon lequel, chaque fois qu’un initié coupe un arbre, il doit s’en excuser et faire une offrande réparatrice », note les initiateurs.

L’objectif visé à, via cette synergie d’action est de faire en sorte qu’à travers ces événements civiques et culturels, le Mali, composé d’un public hétéroclite, impliquant tous les âges, puisse se retrouver avec lui-même.

L’offre culturelle multiforme, édition numérique, document en réalité virtuelle, spectacles et éléments pédagogiques sur les réseaux sociaux etc. est un moyen sûr de mobiliser les esprits vers un objectif commun qui soit profitable au Mali. 

Issouf Koné

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